Casey

Les plus courtes sont les meilleures dit-on… Pourtant, ce bon sens populaire est manifestement absent de la partie immergée du rap français. Il suffit de jeter une oreille (pas plus !) sur la bande FM, de s’arrêter sur les interviews que la presse spécialisée ose trop souvent diffuser ou de farfouiller dans la jungle des clips balancés sur internet pour se rendre compte que tout ou partie des morceaux et artistes francophones mis en avant sont navrants et agissent, passée la puberté et les années collège de leurs auditeurs, comme un puissant repoussoir.
Ce triste constat, responsable de la désaffection massive que connaît le rap depuis plusieurs années et de sa perte quasi totale de subversion, CASEY et le collectif Anfalsh le font et le diffusent haut et fort chaque fois qu’ils en ont la possibilité afin de tordre le coup à cette tendance tenace et débilitante. Concerts, albums, mix-tapes, participation au projet rock Zone Libre, tous les moyens nécessaires sont envisagés et longuement peaufinés afin de redonner toute sa place à la rime contondante et au hip-hop ses lettres de noblesse.
Comme à chaque offensive toujours plus profonde et fédératrice de CASEY, de nombreuses capitulations sont à enregistrer dans le camp des brigands catégorie baltringues, des bastions de rappeurs d’opérette s’effondrent, des déroutes calamiteuses dans le camps des pseudos MC’s radicaux s’enchaînent. Agissant telle une rasade de Destop dans le siphon putride du rap français, son franc-parler renvoie à leurs chères études tous les bourreaux de la langue d’Aragon, tous les usurpateurs qui inondent les ondes de fades histoires de cœur, de colères sans conséquence ou de petits arrangements avec leurs réalités.

Yann CHERRUAULT

On sait qu’à chaque nouvelle apparition de Casey, des oreilles s’ouvrent et d’autres sifflent, des bouches se ferment et d’autres se délient. C’est une saine conséquence de la loi naturelle de cette œuvre humaine qu’est le hip-hop, celle qui veut que les artistes majeurs de ce courant musical constamment caricaturé par des médias petits-bourgeois marquent au fer rouge plusieurs générations d’auditeurs quand les pleurnichards de service, les gangsters gonflables ou les rebelles de salons encombrent brièvement les poubelles de nos mémoires. Et comme le bon hip-hop est forcément subversif, brut de décoffrage avec une attention toute particulière pour l’impact des mots, on peut le consommer ad vitam aeternam, sans qu’aucune lassitude ne naisse avec les années.

Chez Casey, l’addiction pour le hip-hop est apparue à la fin de son calvaire à Rouen. Grâce à son cousin et les cassettes audio sur lesquelles il enregistrait le fameux Deenastyle de Radio Nova, elle découvre l’armada américaine de la fin des années 80 et les premiers balbutiements du rap en français. Le déclic est immédiat et un déménagement en région parisienne finit de mettre le feu aux poudres de sa créativité. L’écriture, le rap deviennent indissociables de sa vie et des moyens d’expression adéquats pour faire jaillir toute la rancœur qu’elle éprouve à l’encontre d’une société fondamentalement inégalitaire et capable des pires atrocités et entorses à ses propres lois pour maintenir la domination des puissants.

Cet état des lieux tragique aux quatre coins de la métropole et des D.O.M.-T.O.M., masqué grossièrement par des médias aux ordres depuis des décennies, Casey ne l’a jamais accepté. Spécial Homicide, son 1er groupe, portait évidemment dans sa substantifique moelle une envie de rébellion. Et ce n’est donc pas une surprise si en 1995 sa première trace discographique, le morceau « Ligne 2 Mire » avec Ator sur la compilation « L »Art D’Utiliser Son Savoir » de Desh, laisse transparaître sans arrondi d’angle l’aversion de Casey pour l’ordre établi qui entretient les souffrances du prolétariat de Fort-de-France (sa famille est originaire de la Martinique) à l’Île-de-France.

La verve contestataire de Casey rencontre le grand public dès 1997 avec la compilation « L 432″ sur laquelle elle offre un titre solo fondateur et une combinaison également remarquée avec Polo et Ékoué (La Rumeur). La fronde hip-hop est officiellement lancée dans un univers de plus en plus récupéré par l’argent et les multinationales mais qui ricoche sans conséquence sur le blindage de celle qui est déjà le fer de lance en France du rap sans concession. Déjà, ses connexions (en dents de scie) avec le label Dooeen’ Damage, ou avec les membres de La Rumeur lui offrent un cadre structurant et stimulant pour marquer les esprits ramollis par le déferlement du rap consensuel. Les apparitions et collaborations se succèdent (Les Nubians, Less’ Du Neuf, La Clinique…), d’ailleurs presque toutes disponibles depuis peu sur la mix-tape « Hostile Au Stylo », mais toujours pas d’album en vue. En 2001, avec le collectif Anfalsh dont elle est membre cofondatrice, déboule le premier volume des contondantes compilations « Que D’La Haine » qui finit de certifier le refus de toute compromission dans son hip-hop. Humble mais férocement jusqu’au-boutiste, Casey dézingue preuves à l’appui le colonialisme et le racisme mal digérés des institutions françaises et de ses hauts fonctionnaires, la misère crasse dans laquelle on laisse macérer les quartiers populaires, toutes les inégalités qu’entretient cyniquement le capitalisme pour tenir à sa merci une main d’œuvre docile mais aussi la vacuité et la traîtrise de nombreux rappeurs hexagonaux totalement rentrés dans le rang, passés du statut d’épouvantails crypto-bolcheviks à celui de bouffons de la cour.

La saga Anfalsh enclenchée, la productivité studio de Casey est décuplée. Le nouveau millénaire voit se développer une féconde scène contestataire qui rompt avec la routine que les radios et télés se complaisent à programmer, vidant de tout sens et fragilisant durablement la scène hip-hop hexagonale. En 2004 et 2005, nouvelles déflagrations insurrectionnelles en compagnie d’Anfalsh avec les volumes 2 et 3 de la série « Que D’La Haine » qui sont les derniers coups de semonce avant une véritable prise d’assaut médiatique de l’année 2006. Alors que son public toujours plus nombreux se languissait de pouvoir mettre entre ses oreilles le premier album de Casey, sortent coup sur coup un maxi (« Ennemi De L’Ordre »), un CD récapitulatif additionné de 10 inédits (« Hostile Au Stylo ») et le désormais classique « Tragédie D’Une Trajectoire » dont les 12 morceaux corrosifs lui permettent d’accéder à une large reconnaissance médiatique.

Avec un franc-parler de franc-tireur, une aisance littéraire de tribun, Casey y déploie une radicalité de propos rarement entendue dans le troupeau de rappeurs qui tentent bon gré mal gré de survivre à la déconfiture du marché du disque, mortelle pour beaucoup. De « Pas À Vendre » à « Quand Les Banlieusards Sortent » en passant par « Ma Haine » ou « Mourir Con », Casey confirme que rien ni personne, et surtout pas une multinationale du disque ou un quelconque petit censeur, ne lui dictera ce qu’elle doit dire, ce qu’elle doit faire. Les rimes sont cinglantes, le propos intransigeant, les attaques sur tous ceux qu’elle conchie subtiles mais irrémédiablement fatales. Héry, Laloo ainsi que Soul G et le vétéran Stofkry accompagnent magistralement et sobrement les idées noires de Casey. Et avec le poignant « Chez Moi » où elle relate avec affection et colère retenue la passion que lui inspire La Martinique, son île originelle meurtrie par les conséquences indélébiles de l’esclavagisme et d’une gestion inique bricolée depuis Paris, elle élargit encore son audience aux quatre coins de la francophonie.

En 2010, après la réussite en 2009 de sa greffe au projet « L’Angle Mort » du groupe de rock Zone Libre qui lui fait arpenter la France pour une tournée de plus de 70 dates, revoilà Casey au front avec son 2e album solo : « Libérez La Bête ». Cette fois intégralement produit par Laloo et Héry et précédé du définitif single « Apprends À T’Taire », ce nouvel opus confirme sans bémol possible l’intransigeance et l’exigence de l’une des plus intègres figures de la scène hexagonale. Écoutez « Aux Ordres Du Maître » (avec Al de Matière Première), « Créature Ratée », « Marié Aux Tours », « Sac De Sucre », « À La Gloire De Mon Glaire », « Primates Des Caraïbes » (avec B.James et Prodige d’Anfalsh) ou n’importe lequel des six autres morceaux et vous comprendrez instantanément l’acuité du titre « Libérez La Bête ». Loin d’être apaisée par la déliquescence et l’égoïsme débilitant de nos sociétés dites modernes, en attente impatiente d’un monde meilleur qu’on nous confisque davantage jour après jour au nom du confort d’inaccessibles actionnaires, Casey bondit une nouvelle fois à la gorge de ceux qui la répugnent. La bête est lâchée, elle n’est pas prête à capituler !

Yann CHERRUAULT / INTERNATIONAL HIP-HOP™

Albums
* 2006 : Tragédie d’une trajectoire
* 2009  : CD collector Ennemi de l’Ordre/Hostile au stylo
* 2010  : Libérez la bête

Albums en collaboration avec Zone Libre (Marc Sens, Cyril Bilbeaud, Serge Teyssot-Gay)
* 2009  : L’Angle mort avec Hamé de la Rumeur
* 2011  : Les Contes du Chaos avec B.James d’Anfalsh

Maxi
* 2006 : Ennemi de l’Ordre

Street-CD
* 2006 : Hostile au stylo

* 1995
Ligne2mire sur la mixtape L’Art d’Utiliser Son Savoir
* 1997
La parole est mienne sur la mixtape L 432
Freestyle sur la mixtape What’s the flavor DJ Poska #25
* 1998
Tabou sur l’album Princesses Nubiennes de Les Nubians
* 1999
Avant que le silence nous dévore (avec Less du Neuf et MC Jean Gab’1) sur la bande originale du film Trafic d’Influence
C’est quoi le dièse ? sur la mixtape Première Classe Vol.1
Quelqu’un (au côté de Trade Union) sur la mixtape Indigo version R’N'B.
en featuring sur la chanson de La Clinique Faites du bruit sur l’album Tout Saigne
* 2001
Que d’la Haine, Vol.1 (avec Anfalsh)
La valse des enragés sur l’album de Less Du Neuf, Le Temps d’une Vie et au côté d’Ekoué
J’élabore sur le maxi de Sheryo, Ghetto Trip – 1er EP.ZODE au côté de Prodige
Pur produit de la crise sur le maxi La Bande Originale au côté d’Acto
le refrain sur Les envieux présent sur le maxi La Bande Originale au côté de Sheryo
* 2002
Freestyle sur la mixtape de LIM, Violences Urbaines au côté de Sheryo, Navea et Prodige
* 2003
Premiers sur le rap sur le Live à Montreuil de La Rumeur, dernière chanson de l’album, elle apparaît à 8min 10s.
* 2004
Que d’la Haine, Vol.2 (avec Anfalsh)
* 2005
Que d’la Haine, Vol.3 (avec Anfalsh)
Terroristes du rap sur la mixtape Neochrome Vol.3 au côté de Sheryo, Prodige et Navea
Reconnais le travail sur la mixtape Narcobeat 2 : Règlement de Compte au côté de La Rumeur et de Al
1000 efforts sur la mixtape Juste Nous Vol.1 au côté de Bunzen
Y a-t-il… sur l’album de Bams, De Ce Monde… au côté d’Ekoué
* 2006
Parité sur la mixtape Insurrection au côté de EXS
* 2007
Les bronzés font du rap [Remix] sur l’album de La Rumeur, Du Cœur à l’Outrage au côté d’Al, Spécio, B. James et Prodige
On t’extermine sur la mixtape Industreet au côté de Dybo
Représailles Chapitre 1 (avec Anfalsh)
97 sur l’album Da Project au côté de Shaolin
* 2008
Mes peines et mon mal sur la compile FAT TAF 2 au côté de Ekoué
Du karcher au charter sur Nord Sud Est Ouest d’Ekoué au côté de B.James et Prodige
À la pointe de la technologie sur l’album de Lavage de Cervo
Ça fait mal quand même sur l’album High-tech & Primitif de AL au côté de Ekoué (La Rumeur) et AL

Via A PARTE
19 mars 2013 — Ateliers à Bourgoin Jallieu (38)
04 à 06, 08 mars 2013 — Ateliers à Queven (56) 3h par jour autour d’une fiction audiovisuelle
07 mars 2013 –  Ateliers à Quimper (29) 2h dans le cadre du Festival Les Hivernautes
25&26 février 2013 — Ateliers à Rezé (44) à la Barakason / 2 groupes de 8 personnes sur 2 jours (4 x 2h) de 16 à 66 ans

Septembre 2012 — Juin 2013 : Ateliers à La Courneuve (93) (2h par semaine) (Voir page NOS PROJETS)
Septembre 2012 à Décembre 2012 — Ateliers à Sevran (93) (2h par semaine) (Voir page NOS PROJETS)
Janvier 2012 à Juin 2012 — Ateliers à Paris 18e, CFGOB (2h par semaine) (Voir page NOS PROJETS)
Octobre 2011 à Juin 2012 — Ateliers à La Courneuve (2h par semaine) (Voir page NOS PROJETS)

LE BLANC MESNIL
Janvier 2007 : Lycée Mozart 3x1h
Avril/Août 2007 : Toutes les Maisons pour Tous
30h – Maison Notre Dame
30h – Maison des Tilleuls
30h – Maison des Jeunes Blanc Mesnil Sud
Mai/Juin 2007 : Prestation scénique au Studio « La Cuisine »

SEVRAN
Avril/Mai 2007 : Accueil Jeune Psychiatrie, Service du Docteur Morel, Hôpital Robert Bellanger.
29 au 31 octobre 2007 : Hôpital de Jour (psychiatrie) à l’hôpital Robert Bellanger.

VAUREAL
Février/Juin 2008 : Association Sauvegarde 95 (80h)

FOUGERES
Avril 2008 : Festival Rencontres urbaines (3H)

PARIS 18e
Octobre 2008 : Association Talents et Développement (20h)
Novembre 2008 : Université Hip-Hop (15h), Centre Fleury Goutte d’Or

VILLEPARISIS
Mars/Juin 2009 : Maison des Jeunes (20h)
Mars/Avril 2010 : Maison des Jeunes (10h)
Novembre/Mars 2010 : Maison pour Tous (20h)

PARIS 14e
Juin 2010 : Institut D’Education Sensorielle jeunes déficients visuels – Foyer des Jeunes aveugles (12h)

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